L’idée d’écrire ce roman m’est venue lorsque j’avais 20 ans. J’habitais alors en Angleterre, dans un petit port de la côte du Devon. Ma fibre bretonne a toujours vibré devant la mer. L’océan m’inspire. Par une nuit d’insomnie, je me trouvais assis devant la fenêtre de ma chambre qui donnait sur l’eau, pour l’heure engloutie dans la nuit. Autrement dit, cette fenêtre ne donnait sur rien, à part l’isolement. Dans une situation comme celle-là, l’esprit est en effervescence, l’obscurité pouvant susciter librement toutes sortes de lumières, d’éblouissements. C’est bien mystérieux et incontrôlable ce qui se passe dans la tête en de tels moments. Ce fut comme un ressort qui se détend soudain. J’ai imaginé le monde brusquement vidé de ses habitants, après une catastrophe globale, nucléaire ou autre, peu importe… Cette fin du monde était terrifiante, et moi j’étais aux anges ! En effet, j’identifiais soudain ce qui m’arrivait : depuis l’adolescence je rêvais d’écrire. Pas devenir écrivain, non, simplement écrire un roman, me mettre dans la peau d’un conteur.

J’étais submergé, je ne maîtrisais rien. J’ai vu un village avec une poignée d’humains ayant survécu. Le nom de Séloren a surgi d’on ne sait où, accompagné de ceux de quelques personnages. La table devant la fenêtre était couverte d’une nappe en papier (je logeais dans une chambre de service à l’hôtel où je travaillais). J’y ai noté tous ces noms, j’ai fait un schéma de la région autour du village, les montagnes au Nord, le marais au Sud, puis j’ai tracé le cercle, le fameux cercle qui symbolisait la frontière entre la vie et la mort. Dans ce cercle allait se dérouler l’histoire de mes villageois… Voilà, Séloren était né.

J’ai déchiré le morceau de nappe en papier avec mes notes et mes gribouillis et l’ai rangé dans ma valise. Je l’ai trimbalé pendant 20 ans, par monts et par vaux, là où mon métier de photographe m’emmenait. L’histoire mûrissait dans ma tête, je voulais l’écrire, mais je n’y arrivais pas. Pour des raisons bassement pragmatiques : j’écris comme un cochon, j’ai du mal à me relire. Des notes s’ajoutaient dans la marge, des astérisques étoilaient mon brouillon pour renvoyer à d’autres notes sur des feuilles volantes, bref, je ne m’en sortais pas avec un stylo et du papier, c’était un bourrier inextricable !

Le hasard de mes voyages m’emmena à Marrakech. Ce jour-là fut décisif, deux évènements se produisirent simultanément. Au sortir de l’avion, du haut de la passerelle, je découvris le paysage au loin : une plaine s’étalait vers le Sud et venait buter sur la chaîne du Haut-Atlas aux cimes enneigées. Je n’en crus pas mes yeux ! C’était exactement la configuration géographique de Séloren. Une coïncidence forcément, je n’avais jamais mis les pieds sur ce continent. Mon petit ressort s’est manifesté par une joyeuse vibration. Je me suis dit : c’est ici.

Le deuxième évènement fut une rencontre : celle avec le logiciel de traitement de texte sur ordinateur. Finis les gribouillis illisibles et désordonnés, les torticolis des notes en marge et les recherches fiévreuses d’astérisques introuvables. Sur écran, tout était propre, rangé, net et modulable à souhait.

Mon ordinateur n’a pas refroidi pendant des mois…. J’ai écrit Séloren à toute vitesse, j’étais tellement impatient de “raconter” mon histoire. En fait, je l’ai écrit trop vite. Le résultat était mauvais, baclé, elliptique et confus. Bon, d’accord, calme-toi, François, ça fait 20 ans que tes séloriens attendent que tu leur insuffles la vie, ils ne sont plus à quelques mois près. Après un bon bol d’air frais en montagne, je m’y suis remis, j’ai tout repris à zéro, raisonnablement décidé cette fois à prendre le temps qu’il fallait.

L’aventure de cette écriture, je vous la raconterai plus tard….

16 réponses vers ““Séloren ou le dernier cercle””

  1. Jacques Rivage a dit

    Séloren nous entraîne dans un monde où l’on a envie de vivre, où l’on aimerait participer aux différentes découvertes. Il se prête bien à devenir le sujet d’un film fantastique. Il est juste à regretter que ce peuple soit fait que de “bons”. Peut-être qu’un personnage “trouble” pourrait ajouter à l’intrigue.
    Bonne chance pour la suite, et vivement le prochain roman

  2. François Villeneuve a dit

    Réponse à Jacques Rivage

    C’est vrai, une communauté de gens “bons”, ça surprend ! Dans notre monde actuel, on n’y est pas habitué. Sur ce point, mon roman est bien de l’anticipation (hélas!).
    A Séloren cependant, les êtres “troubles” ont existé, mais avant. Ils n’apparaissent qu’en filigrane, subjectivement.
    Et puis la sélorienne Maligore peut-elle être qualifiée de bonne quand elle a fait germé l’une des graines du mal et perpétré son terrible forfait ?

  3. Arlette Olives a dit

    “SELOREN” est un roman d’un style agréable, d’une écriture fluide. L’histoire est bien construite ; je l’ai lu et relu avec beaucoup de plaisir, et maintenant j’attends avec hâte la sortie de la suite ! Ce premier roman est une réussite, on y trouve matière à réflexion ; je le recommande vivement.

  4. François Villeneuve a dit

    Merci Arlette pour cette positive appréciation. Cela m’encourage à écrire la suite.
    D’ailleurs, j’y travaille….

  5. Boris Vorzanek a dit

    Je ne suis pas sûr d’avoir envie de vivre dans un monde aussi clos. Par contre, dans une communauté de personnes aussi soigneusement et intelligemment éduquées dès la naissance, là j’aimerais y faire un tour, ayant moi-même l’expérience de communauté de gens qui essayent de se rééduquer eux-mêmes, pour le mieux, mais sur le tard, et c’est plus dur… D’ailleurs sont-ils “tous bons” ou plutôt simplement tous profondément liés par ce destin commun et cette éducation commune ? Chacun possède (et c’est une des qualités de l’auteur qui campe les personnages) sa personnalité bien à soi -on n’est pas dans une sorte de secte- ; on pourrait plutôt comparer Séloren à une tribu d’humains de tradition première (ceux qu’on appelle les primitifs, mais qui ont su vivre dix mille ans en parfait équilibre avec leur milieu et avec eux-mêmes…).
    Donc, si on prend les Séloriens et qu’on les met dans le 9-3, dans une favela, de part et d’autre de la bande de Gaza, au sein de l’arène politique, ou dans l’entourage d’un Président (je ne vise personne), on aura peut-être des personnalités qui se révèleront un tant soit peu moins bonnes qu’au premier abord…
    Séloren sujet d’un film, ou d’une super BD (dessinée par Cosey par exemple)… bien sûr, çà tient la route. Mais il ne faudrait pas ramener le livre à une sorte de scénario ou de script, car il y a dans l’ouvrage de François Villeneuve une réelle densité et qualité de style, un sens de l’écriture qui le classe dans la littérature actuelle et non pas dans le simple roman de série.
    On pourrait reprocher à F. V. certaines approximations ou certains raccourcis en matière de données techniques concernant la survie,la vie collective en milieu confiné, etc… mais on n’est pas là dans un ouvrage scientifique qui serait de la SCIENCE-fiction proprement dite, ou une sorte de remake moderne en communauté de Robinson Crusoë ; – non – on est dans une profonde dimension humaine, psychologique et poétique constamment renouvelée, avec cette part de mystère et de suspens propre au roman d’anticipation. Et puis je trouve que toute la trame de l’histoire de Séloren est plutôt cohérente.
    Bref, j’ai pris un vif plaisir à lire ce livre, mais je préfère quand même passer mes vacances dans les Pyrénées, à l’air “pur”, et libre…

    Boris Vorzanek

  6. Amélie Granger a dit

    Alors moi je me suis complètement laissée embarquer dans l’aventure Seloren et j’attends impatiemment la suite, terre promise en altitude ? çà m’a rappelé quelque lecture de Robert Merle pour ne citer que lui , mais de là à dire que F. Villeneuve s’en est inspiré, il y a loin ; F.V. a trouvé son ton personnel et on ne peut que lui souhaiter un franc succès pour la suite. Bon quand même, pour quelqu’un comme moi qui habite la banlieue lyonnaise, je me laisserais bien aller vivre moi aussi (quelque temps !) dans cette communauté d’humains quand même spéciaux ; je m’en fiche un peu de savoir s’ils sont plus bons ou moins gentils que la normale, en tous cas çà vaudrait le coup de vivre un peu avec eux !

  7. Frédéric Roussel a dit

    Un bien joli roman, une jolie écriture. Félicitations

  8. Michel Levert a dit

    Bonjour M. Villeneuve,

    La lecture de votre livre (que j’ai acquis sur le stand en qualité de voisin-auteur) m’a passionné même si, selon moi, vous auriez pu formuler le message avec autant d’intensité en faisant l’économie d’une centaine de pages. Trop long, un ouvrage peut décourager le lecteur, de nos jours souvent pressé.

    Pendant toute ma lecture et jusqu’au dernier moment précédant le dénouement, vos personnages, privés de moyens de comprendre leur environnement et leur espace, isolés du reste de la planète, m’ont fait penser à notre Humanité actuelle qui cherche désespérément à savoir si elle est seule dans l’Univers et s’il est possible de quitter la Terre pour aller explorer les planètes visibles à l’oeil nu mais si difficilement accessibles… La vie en dehors de Séloren semble impossible aux yeux de ceux qui n’ont pas encore trouvé le moyen d’y parvenir, tout comme il est encore peu envisageable aujourd’hui de vivre sur les voisines de notre planète. Pourtant, l’objectif Tazart sera atteint, de même que la vie sur Mars est pour demain.

    Un autre élément m’a bouleversé : Le Séloriens découvrent brutalement que leur monde va disparaître avec eux. N’est-ce pas là notre grande angoisse inconsciente à tous ? N’est-ce pas ce qui nous pousse, de façon subliminale, à faire des enfants pour assurer la pérennité de notre espèce ? N’est-ce pas ce qui explique la détresse d’une femme qui ne parvient pas à être mère ?
    Bref, comme a dit un précédent commentateur, vivement votre prochain ouvrage.

    Michel Levert (auteur de VerticaCity)

  9. Virginie Stora a dit

    Bonjour F.V.
    Je viens de lire SELOREN d’un seul trait, et dans la foulée je suis allée voir sur le site les divers commentaires. Etrange et intéressant la diversité des approches et sensibilités… Je partage beaucoup de ce qui est dit en positif ; par contre je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’on aurait pu raconter la même histoire avec 100 pages de moins -raconter oui, mais ECRIRE non. Car vous savez prendre le temps comme les gens de Séloren, et on retrouve dans votre monde comme un écho de Giono qui aurait conversé avec Barjavel. (J’espère ne pas vous agacer avec ces références). Ma corde sensible, le cadeau inattendu dans l’histoire, c’est la découverte des instruments de musique et les différentes scènes où certains Séloriens jouent de la musique ensemble. L’intensité poétique -et dramatique- de cette évocation dans le contexte évoqué m’a profondément touchée, et l’on se prendrait à imaginer cette musique… Dois-je préciser que je suis violoncelliste, ce qui explique peut-être celà. J’attends d’autres musiques dans la suite de Séloren !

  10. François Villeneuve a dit

    Chère Virginie,

    Merci pour votre pertinent commentaire au sujet de la longueur de Séloren. Je pense évidemment comme vous. Il règne sur Séloren une sorte de torpeur qui étire l’écoulement du temps et je tenais à la faire ressentir au lecteur. C’est vrai qu’un “pavé” peut effaroucher, mais quand on désire se plonger dans un bouquin, cela signifie implicitement qu’on a décidé de prendre le temps pour ça, même si l’époque nous presse !
    Quant à la musique, elle est tellement importante dans ma vie que je n’aurais pas pu en priver les Séloriens. Tout comme je “voyais” le film au fur et à mesure que j’écrivais le livre, j’en imaginais aussi la musique. Elle se situerait quelque part entre Steve Reich, Terry Riley et Zoe Keating, basée sur une pulsation répétitive, épurée mais harmonieuse, oscillant entre les modes majeurs et mineurs.
    En ce qui concerne la suite (qui est déjà bien en route), il y aura de la musique aussi, bien sûr, mais d’une toute autre nature….

  11. Bonjours François,
    Je me souviens, j’ai fait ta connaissance en 1993 lors du 1er printemps de la photo à Marrakech.
    Je t’ai connu donc comme artiste photographe et voilà qu’après 15 ans je lis des extraits de “Séloren ou le dernier cercle” et je découvre alors l’écrivain Marrakchi.
    Où est ce que peux trouver le livre à Marrakech?
    J’aimerais bien le lire.
    Merci cher François.

  12. François Villeneuve a dit

    Cher Nour Eddine,

    Je suis à la recherche d’un éditeur…

  13. Debarbieux Eric a dit

    Bonjour,
    J’aime bien la maturation longue de votre roman, une pulsion quasi adolescente qui finit en ondes de long terme pour aboutir à une oeuvre. La vie en somme que vous donnez à un monde votre et qui a maintenant ses lecteurs.
    Par là, je partage l’idée de l’ample temps nécessaire: il se donne à lire et je vous dirai avec franchise que vous avez un vrai style, mature précisément. Ce que j’ai apprécié au delà d’une histoire bien construite c’est que vous avez su aussi dresser des portraits de personnages crédibles dans leur fugacité ou au contraire leur étrange survie. Il y a une musique des mots qui est aussi pénétration psychologique de vos créatures (ben oui faut dire comme ça: créer un monde c’est être un peu démiurge, non?). J’ai été moins sensible à la clef “science-fiction” de la fin, qui paradoxalement banalise un peu Séloren dont le côté roman d’initiation me touche infiniment plus.
    En tout cas, merci.

    Eric Debarbieux

  14. Claire Cornet--Briot 14 ans a dit

    Bonjour François ,
    Je viens seulement de finir ton livre car j’ai eu d’autres romans à lire et à étudier. Je le trouve vraiment bien écrit ce qui rend la lecture très agréable. C’est une merveilleuse histoire qui m’a beaucoup plu, qui m’a transportée pendant les quelques heures passées avec les Séloriens. Leur vie et leurs découvertes m’ont passionnée et m’ont donné envie de vivre dans un monde tel que le leur malgré la limite du cercle.

    Je n’avais encore jamais lu de livre de ce genre et je trouve ça fascinant ! Je le recommanderai à mes ami(e)s.
    Pour le commentaire de Michel Levert j’affirme le contraire, tu as très bien dosé ce roman et aucune page ou indication n’est en trop !
    Moi aussi j’attends le prochain tome avec beaucoup d’impatience !! Je suis heureuse que tu m’aies parlé de ton livre pendant les vacances de noël, ça m’a donné l’occasion de lire un très bel ouvrage.

  15. Merci Claire. Tu es ma plus jeune lectrice.
    14 ans ! C’est l’un des âges que j’ai encore :) Lol

    Je me souviens, c’est à 14 ans que j’ai écrit ma première nouvelle qui s’intitulait “La mer meurt”. Innocemment, je l’avais confiée à mon professeur de Français. A mon insu, il l’a polycopiée et distribuée en classe. J’étais plus rouge (de honte) que fier…

  16. Caroline Briot a dit

    La passion de Séloren passe petit à petit dans la famille.
    Je suis tombée sous le charme de ton livre dès les premières lignes. J’avais envie de connaître la fin dès le début.
    Je suis restée envoutée jusqu’à l’apparition des militaires qui nous ramènent à la réalité dès les premiers gros mots !!!!!
    Ta façon d’écrire m’a beaucoup plu, tes jeux de mots m’ont fait sourrire.
    J’adore les notions du vertical et de l’horizontal. Mais sans la position horizontale du sommeil, les séloriens ne pourraient pas tenir bien longtemps debout !!
    J’ai hâte de lire la suite car je t’avoue que je suis un peu restée sur la fin avec Tazart, et la vérité sur le passé et sur le sort de Maligore….
    Je t’embrasse et à bientôt à la maison devant notre champ d’oliviers.

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